ADEWOZ par Anne Laure Peressin

AdeWoz

 

 

 

 

 

 

 

De la plume au pinceozzz

 

 

 

Il était une fois, l'histoire d'un homme né sur Terre avec des idées insoumises,

 

un esprit poétique et une plume colorée aussi douce qu'acérée. Telle pourrait

 

etre la phrase introductive servant présenter Jacek Wozniak qu'on ne présente

 

d'ailleurs plus. Fidéle dessinateur depuis 1986 au Canard Enchainé, ce dröle

 

d'oiseau a migré de sa Pologne natale la France, niché dans plusieurs rédactions,

 

volé avec Manu Chao, Ramon Lopez et Archie Shepp, diffusant toujours plus

 

sa sympathie•et son rire caustique au-delä des frontiéres. Depuis peu, l'oisillon

 

Kazakh Adelinaa fait route å ses cötés dans la meme mare, et plus encore, s'est

 

unie å Iui par le lien magnétique de I'amour de l'art. C'est donc å 4 mains qu'ils

 

collaborent pour peindre des toiles aussi poétiques que mordantes. Leur fusion

 

s'expose aux prémices printaniéres dans le joli nid parisien du 3, rue Perrée.

 

 

 

Bö gestes. En voilå, un nom d'exposition simple, stylisé et efficace ! Simple, stylisé et efficace, la recette est déjä bien connue des chefs étoilés caricaturistes, ceci pres que ce titre-ci traduit une délicate évolution : le trait satirique devient

un bögeste d'artiste. Car oui, le texte et la portée narrative d'un dessin de öresse ne doivent pas éclipser la démarche - le geste ! - artistique de son auteur (quant å la böté, libre chacun d'interpréter). D'ailleurs, Jacek Wozniak a toujours été un

artiste assumé : s'il s'est essayé vainement (et heureusement) l'École des Beaux-Arts de Cracovie, il n'a pourtant jamais reposé son crayon et son pinceau, animé par un insatiable besoin de révéler et questionner des situations sociétales et sociales. Sa rencontre avec Adelinaa est celle d'un heureux hasard : apres avoir traversé l'Europe de l'Est en auto-stop, la jeune artiste fait escale å Paris, oü sans le sou, elle est accueillie par le DAL (Droit Au Logement) pour qui Jacek Wozniak

prete fidélement ses talents dans la création d'affiches de mobilisation. Lorsqu'elle lui présente courageusement ses dessins, Jacek Wozniak replonge instantanément dans ses souvenirs, ses propres débuts, å l'époque il mettait

ami Cabu. Méme sensibilité poétique, méme bestiaire amusant, méme attrait pour la couleur. Naturellement donc, elle est invitée å s'aiguiser les dents avec le Scorbut (site en ligne, impulsé par Wozniak en 1998, réunissant un groupe d'illustres

 

dessinateurs loin d'étre malades !). C'est encore naturellement, qu'ensemble, ils se mettent å

 

peindre å 4 mains, lui, commencant des toiles qu'il n'arrive pas å terminer, elle, venant spontanément les finaliser. Le duo Adelinaa et Wozniak est né ! Jeux d'esprit et esprit critique se répondent ainsi mutue lement quand la jeune femme intervient pour mettre en scene des personnages déjå figurés sous le pinceau de Jacek Wozniak. En maitresse de l'ambiance, elle ajoute un décor imagé, une atmosphére intimiste et de joyeuses couleurs. Il faut dire que leurs deux univers se marient å l'unisson en partageant ce meme gout pour une expression naive peu soucieuse de l'académisme, simplifiant schématiquement les formes, pour donner naissance un petit théätre d'acteurs aux longs nez rectangu aires bariolés et aux membres spaghettis. En résulte des contes pour les grands, sauf qu'ici, ces petites histoires peinturlurées puisent leur inspiration dans la nötre, celle que nous vivons et noircissons quotidiennement å coups de poéSe, d'abus et d'äneries. Car oui, Jacek Wozniak déniche ses sujets au fil de l'actualité, mais aussi lors de ses promenades, rencontres et

 

autres reveries wo-Zzz-zniakiennes. C'est ainsi qu'un soir en balade, il tombe sur la scene d'un mendiant emmitouflé sous une couette, adossé un kiosque dans la pénombre. quelques metres de la, un autre kiosque, éclairé, affiche fiérement une annonce déployant une æuvre de Klimt oü le corps d'une femme est enveloppé d'or. L'association d'idées surgit et prend forme dans la série Street art de vivre, représentant des sans-abris emmaillotés de tapisseries mosaiquées.

Le motif est son tour décliné pour faire un clin d'æil la photo du mythique couple John Lennon et Yoko Ono posant dans leur lit en signe de paix. Un détail ou un sujet peut ainsi étre remanié pour donner naissance å un panorama de situations

 

farfelues. De cette fawn, les toreros dansants de la série Comida Humaine de Adelinaa prend une toute autre forme sous le crayon de Jacek Wozniak qui figure une arene oü des taureaux assistent å un grotesque duel humain. Une scene satirique

 

souhait qui contribue sublimer notre chére liberté d'expression et élever nos pensées avec

 

le sourire. Merci eux.

 

 

 

 

 

 

 

Anne-Laure Peressin 

 

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