L'art, la rue, la route

 

-Tu travailles vite, tu connais et tu apprivoises tous les techniques rapidement- et tu passes à 
la suivante sans s'arrêter davantage - et tu es pressé ? Poussé par le temps ? - C'est dans mon caractère. Je veux toujours savoir qu'est-ce qu'il y a au-delà de l'horizon.
Comme dans les montagnes, tu ne vois pas qu'est-ce qu'il y a derrière la montagne jusqu'au quand
tu ne montas pas le haut. La même chose avec le travail, pour moi c'est une aventure, une
découverte, un nouveau sentier. Et j'en suis absolument impatiente, je veux avoir le résultat
plus vite possible. - Comment ça commencè? - On est en 2018 mais dans ma tête je reviens souvent en 2013/14, c'était le temps quand j'ai
voyagé en auto-stop, seule sans l'argent, j'ai dormi dans la rue, dans les gares. c'était
difficile mais aussi il y avait quelque chose de forte dans ça. La résistance, l'envie de
réaliser mon rêve malgré tout. J'ai dessiné chaque jour et la route s'est construit très
naturellement. Maintenant c'est une base solide vers laquelle je reviens quand les doutes
arrivent, quand je perds l'orientation.
Je me souviens aussi ma première expo au Ouzbékistan.
Une idée folle. J'ai connaît une allemande à Boukhara, elle y avait un café et j'y suis partie
avec 7 ou 8 bâches de grands formats sous les bras a travers les déserts, par tous les
transports possibles ( j'en ai changé à peu après 20 en tout) pour faire une tout petite expo
au milieu de nulle part. C'est fou mais aussi c'est beau. - L'art peut il sauver le monde? - Pour le moment il fait juste au contraire. Je parle de "L'art" contemporaine bien sûr. Je
pense pas qu'il faut séparer l'art, il faut regarder la culture plutôt globalement. Le cinéma,
la littérature, les arts plastiques, la mode, la musique - tout est lié et tout est en plein
crise. Encore il y a deux ans personne ne voyait pas ça, mais maintenant, petit à petit la
critique arrive. Ça donne espoir. Tout de monde est fatigué de toutes ses formes vides sans
l'âme . Il n'y a plus des histoires, il n'y a plus d'histoire, il n'y a plus des idées - on
sais pas les créer. Bien sûr il y a des artistes magnifiques et fortes aujourd'hui mais c'est
une aiguille dans une botte de foin. On dépense beaucoup de l'argent pour l'art, il y a presque chaque jour un nouveau concours pour
les projets artistiques ou les résidences artistiques mais qu'est-ce que les "artistes" font
pour ses concours c'est une catastrophe naturelle. Plus souvent c'est des photos ordinaires
avec la prétention d'être une recherche on dirait presque scientifique ! Incroyable. - Et d'ailleurs c'est quoi l'art ? - L'art c'est quelque part une forme (part) de l'âme qu'on peut voir avec nos yeux. Je sais pas
dire exactement comment ça se passe, mais le vrai art on le discerne tout de suite. On le voit,
on le sent, on le comprend. Pour vous donner un exemple il ne faut pas d'aller loin. Prenons deux grands artistes. Wozniak
et Kerleroux. Ce sont les deux professionnels chacun avec son univers unique. Regardez ses
traits, ses formes, ses mouvements ! Ils vont vous dire tout. - D'être artiste c'est d'être privilégiée, avec des sacrifices ou que de sacrifices . - C'est un immense privilège, car on peut voir la beauté que personne ne voit. Et surtout on a
de la chance (si on a de la chance) de prononcer un mot qui n'était jamais prononcé. Les sacrifices...il y en a pas beaucoup ! Difficile de trouver quelqu'un qui va te comprendre.
Mais encore j'ai de la chance de rencontrer de beaux personnages avec qui j'ai grandi et je
continue de grandir. - Ta démarche est bien intéressante : du Kazakhstan au monde occidental - long chemin... Mais
qu'elle est ton but dans art? Le but ultime? - On cherche et on apprend pendant toute la vie.La route ( le progrès) je le vois comme ça - on
construit la pyramide, brique par brique. Pour que la construction soit solide il faut faire
une large base . Et après la quantité de briques se diminue mais la qualité monte. Qu'est-ce
que se passe à la haut je sais pas. J'en suis encore très très loin! Sinon c'était toujours important pour moi que mon travail soit utile pour les autres. Je ne sais
que de dessiner et la question était comment d'apporter du bien avec ça ?... À Paris quand j'ai
habité chez Le Dal j'ai vu des bâches dessinées et collées sur les murs. C'était les bâches de
Wozniak avec qui j'ai pris connaissance quelques mois plus tard. Comme ça j'ai découvrait l'art
engagé. Maintenant un peu près de 68,5 % de tout ce qu'on fait c'est l'art engagé. - Ton opinion sur le football et l'art. Quelle est la différence ? - Au football il y a 11 personnes qui cours derrière le ballon, dans l'art tu es seule aux
commandes.
- Y-a-t-il des limites dans l'art ? - Prenons au moins la limite de couleurs qui existe... Et c'est très bien. Je me rappelle
souvent l'un de mes films préférés- "The Legend of 1900", ou le personnage de Tim Roth se
ronde compte qu'il ne voit pas la fin de la ville. Pour lui c'est inimaginable. Il parle de
son clavier de 88 des touches piano, elle a des limites et lui il peut jouer avec ses 88 notes
tout ce qu'il veut, sans jamais se répéter. Imaginez que l'alphabet est infini, on ne pourra pas se comprendre jamais. Heureusement on n'a
que 7 couleurs ! En gros c'est des réflexions sur le thème que les limites c'est bon et même
nécessaire pour création. C'est un défi pour notre ingéniosité, notre imagination.